De la profondeur de champ et de la taille de votre…

Ces derniers temps, deux avancées techniques ont apporté de nouvelles possibilités aux petites productions.

La première, qui nous a déjà largement envahis, c’est l’arrivée sur le marché de ces fameux reflexs vidéos, tels que le Canon 5D. Je ne compte pas les discussions que j’ai pu avoir à ce sujet. Avec un budget dérisoire (à l’échelle d’un film), ils ont permis d’accéder à une taille de capteur jusque là réservée à des caméras professionnelles.

On a déjà connu la mode des kits mini35 qui produisaient des images souvent très laides, mais enthousiasmaient par la sacro-sainte profondeur de champ qu’ils apportaient. Kevin, étudiant en première année d’arts du spectacle et réalisateur autoproclamé, s’extasiait alors sur une vidéo vignettée comme le périscope du Kursk.

Il faisait ENFIN du cinéma, du vrai. Il faut dire que présentée sur youtube en 320*240, la chose pouvait se confondre avec le mauvais screener d’un mauvais film de cinéma.

La profondeur de champ, c’est un peu l’équivalent de la longueur du pénis chez les garçons. On a beau vous dire que ce n’est pas la taille qui compte, que les filles sont bien plus indulgentes que l’on ne le croit, elle reste une fixation pour beaucoup de réalisateurs indépendants.

L’amalgame qui sous-tend cette passion pour le flou, c’est ce complexe d’infériorité vis-à-vis du vrai cinéma et de ses surfaces sensibles aux dimensions plus importantes. Cela tient plus du syllogisme qu’autre chose. On ne cherche pas à reproduire la qualité du film cinématographique, mais plutôt  à en imiter une composante, ce qui est bien moins fatiguant. Surtout quand on s’appelle Kevin et qu’on passe beaucoup de temps à disserter, autour d’une bière, sur l’avenir du cinéma expérimental.

Mon film offre des plans avec une profondeur de champ très courte, comme certains plans au cinéma, donc je fais du cinéma.

On pourrait m’opposer que ce qui passionne dans ces capteurs ce n’est pas uniquement la faible profondeur de champ, mais aussi leur sensibilité ou leur dynamique… Leur qualité est indéniable, mais honnêtement, sur les 90% de courts-métrages que j’ai pu voir tournés avec le 5d, ces possibilités sont souvent mal exploitées. Et pour ce qui est de leurs défauts comme le rolling shutter, ils sont tout autant ignorés par la plupart des utilisateurs. On s’amuse du look, pas de la qualité qu’un tel appareil peut produire. Pourvu que ça impressionne ses amis sur Vimeo.

A regarder, cette vidéo photographiée par Shane Hurlbut (vous savez, le Crossing DP, celui qui se fait insulter par Christian Bale):

Voir la video

En plus d’être un peu débile (appréciez le I don’t want to go) et vraiment cliché, il s’agit d’une vraie mauvaise pub pour le Canon 5D avec ces changements de points abusifs et peu élégants. Étrangement Shane Hurlbut est devenu LE super commercial de Canon. Il n’en peut plus de vanter les mérites du 5D, partout où il le peut. La kermesse de l’école maternelle de vos enfants ? Shane vous organise un chamboule-tout de 5D. Venant du dp de Swing Vote (que ce film est con) et de Terminator 4 ce n’est pas si étonnant.

Cette vidéo est pourtant une référence pour les aficionados du reflex, persuadés qu’un jour Woody Allen tournera ses films avec leur appareil préféré.

La deuxième avancée technique est balbutiante mais pose un problème assez similaire. Il s’agit de l’arrivée du relief désormais accessible aux petites productions. Que ce soit avec l’utilisation de rigs exotiques ou grâce à des caméscopes 3d de ce genre, le relief risque de devenir la nouvelle marotte des jeunes réalisateurs. Et sans aucun doute un nouvel écueil.

Je ne critique pas l’utilisation du relief pour des films de grands divertissements. Après tout, c’est un gadget comme un autre qui rejoindra un jour le Sensurround au cimetière des technologies. Après tout…

Dans les mois qui viennent, on risque de voir arriver un grand nombre de courts-métrages en pseudo 3D qui nous bombarderont d’effets moyens et mal maitrisés. Je le vois dans ma boule de Crystal iMax 3D. Nul doute que le sujet remplacera peu à peu les DSLR sur les forums des futurs Kubricks.

Comment faire un film 3D pour les nuls

Le relief pose de nouveaux problèmes : accommodation, convergence, parallaxe, distance entre les deux lentilles… Des paramètres que les chef opérateurs devront apprendre à maitriser :

Voir l’article de John Bailey

C’est étonnant, au final, comme des choix marketing (plus que de réelles nouvelles technologies) conditionnent une partie des images que l’on nous donne à voir.

Il m’est d’avis qu’il serait plus urgent de s’intéresser enfin à ce que l’on raconte et comment on le fait, plutôt que de se focaliser (difficilement, d’ailleurs) sur des raccourcis esthétiques et des illusions d’optique.

Mais ça, c’est pas pour demain…

- I was looking at the light…

- Ooooh… Good for you ! And how was it ? I hope it was fuckin’ good because it is useless now, isn’t it ?


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